Le Judaïsme

et l’invention du racisme culturel

 


Conclusion


Tous les individus, parce que vivant en société, sont concernés par la notion incontournable de race. Tous sont amenés en pratique à percevoir que certains individus sont d’une race différente de la leur. La différence entre les races que chaque individu perçoit généralement à son avantage est, soit objective quand elle est basée sur la nature où interviennent essentiellement l’aspect corporel et l’élément héréditaire, soit subjective et relative alors à la culture, aux traditions, croyances et idéologies forgées au cours des temps, notamment à partir de données religieuses, données largement mythiques mais que les hommes retiennent au gré de leur personnalité et de leur environnement.

C’est cette perception qui est à la base du processus raciste susceptible de se développer et de se manifester par des violences diverses destinées à la conservation ou à la suprématie de sa propre communauté. Disons en d’autres termes que la racialisation d’une population par une autre fait le lit du racisme et que ce phénomène est généralement réciproque dans un processus en cercle vicieux.

Avec le phénomène progressif d’uniformisation auquel sont soumis les humains, il apparaît que l’importance des données de nature régresse par rapport à celles de culture. Pour un nombre croissant d’individus, la couleur de la peau, le sang, l’hérédité, le patrimoine génétique sont ainsi devenus relativement secondaires par rapport aux données culturelles. Le mélange progressif des races en est la traduction, phénomène que le monde, tout au moins dans sa partie instruite, considère globalement comme un progrès de civilisation. La racialisation des Noirs par exemple (et plus généralement la racialisation des gens de couleur) par les Blancs s’estompe manifestement avec le temps à travers le monde, avec pour heureuse conséquence la régression du racisme anti-Noirs. Or, il n’en est pas de même avec la racialisation des Juifs dont les manifestations, comme le montre l’histoire, sont sans cesse résurgentes.

Comme nous l’avons vu, cette différence d’évolution entre les deux phénomènes racistes s’explique facilement : la racialisation des Noirs est naturelle, la racialisation des Juifs est non seulement dépendante de la nature mais de plus éminemment culturelle. La Loi rabbinique de séparation radicale des hommes en Juifs et en non-Juifs avec ses prescriptions de non-métissage dans une perspective de pureté – loi écrite qui vient consacrer définitivement dans les esprits la séparation déjà instituée par le mythe fondateur du Peuple élu/Terre promise – représente cette base juridique essentielle permettant d’attribuer à la société juive antique l’invention du racisme culturel.

 

Cette racialisation de la population juive par l’institution religieuse, cette mise en exception des Juifs qui veut que les Juifs ne se voient pas, et ne soient pas perçus, comme vivant parmi les autres et comme les autres hommes depuis plus de vingt siècles, avec la pérennité qui est attachée à une institution religieuse vue comme sacrée, représente véritablement le fil d’Ariane des manifestations que nous qualifions aujourd’hui de racistes, manifestations multiformes, latentes ou paroxystiques, variant avec les conjonctures économiques, religieuses, sociales et politiques, qui accompagnent depuis toujours la judaïcité : racisme des Juifs à l’égard des non-Juifs, racisme des non-Juifs à l’égard des Juifs. De ce racisme continu en miroir nous avons souligné particulièrement les manifestations aiguës : chez les non-Juifs, celles qui relèvent, en Espagne des Statuts de pureté du sang du milieu du XVe siècle à 1865, en Allemagne des Lois de Nuremberg de 1933 à 1945, en France du Statut des Juifs de 1940 à 1945 ; chez les Juifs, celles qui relèvent des lois ségrégationnistes de l’État d’Israël depuis 1948.

Comme on le sait, ce dernier racisme particulièrement actif et soutenu par de puissants alliés est confronté avec le monde islamique. Et selon toute vraisemblance, cet antagonisme va être la grande affaire du siècle en cours. Mondialisation, présence de communautés juives et islamiques dans de nombreux pays, armes de destruction massive, tous ces facteurs se conjuguent pour que le danger représenté par cet affrontement centré sur la Palestine ne concerne plus seulement l’Europe mais une partie notable du monde, ainsi que l’ont exprimé déjà une majorité d’Européens et plusieurs auteurs. Car le conflit en cours n’est pas seulement un conflit entre un État à composante raciste et une population non-juive nullement racisante de par sa culture, mais entre le judaïsme sioniste et l’islam, le premier étant à la fois l’agresseur et le facteur principal du phénomène de sur-radicalisation croissante qui affecte le second depuis un passé récent.

Affrontement sous une forme nouvelle ? En effet, désormais il ne s’agit plus du choc entre deux composantes d’une même civilisation (la juive d’un côté, la chrétienne de l’autre) comme dans les siècles précédents, mais du choc de deux civilisations portées par deux idéologies religieuses : la judéo-évangélique d’une part, l’islamique d’autre part.

Revirement historique spectaculaire à l’époque moderne que cette évolution de l’antagonisme traditionnel entre les juifs et les chrétiens vers une alliance intime entre juifs et chrétiens évangéliques ! Deux éléments essentiels ont contribué à cette coalition inédite : la timidité des chrétiens européens marqués par leur responsabilité dans le génocide nazi et le formidable appui matériel et moral des chrétiens évangéliques des États-Unis à l’entreprise sioniste en Palestine, vue par eux comme une manifestation divine, évangélisme particulièrement redoutable puisque générant un impérialisme messianique au sein même d’une démocratie.

 

Par ailleurs, il faut bien voir que ce conflit singulier du Moyen-Orient, du fait de son exceptionnelle durée et de l’idéologie d’origine religieuse qui le sous-tend, est mal appréhendé par le plus grand nombre des observateurs et en particulier par les politiques qui, malgré la bonne volonté et l’intégrité morale du plus grand nombre d’entre eux, ne retiennent pour leur jugement et dans leur action, que des éléments de surface que l’actualité leur fournit chaque jour en sur-abondance en oubliant l’essentiel : l’idéologie sioniste.

Et le temps a accumulé depuis 1947 les solutions inadéquates et les résolutions dérisoires de la part des Nations Unies.

Après avoir négligé les populations non-juives de Palestine et fait peser sur elles le poids de leur propre responsabilité dans le génocide nazi, après avoir accepté, pour le nouvel État qu’elles créaient, le qualificatif de juif qui le conditionnait d’emblée comme État racial et qui engageait en même temps dans une voie sans issue la communauté juive israélienne, les Nations Unies ont persévéré dans leurs erreurs. Bien que la colonisation sioniste représente au regard des principes universels une entreprise criminelle et plus précisément un Crime de guerre pour la Cour pénale internationale, elles se sont refusées à utiliser les armes adéquates pour la faire cesser. Incapables d’œuvrer à la transformation d’un État ouvertement ségrégationniste en un État démocratique pour tous ses citoyens, l’aidant puissamment, pour certaines d’entre elles, à se doter des armes de destruction massive, tolérant ses exactions quelles qu’elles soient depuis 1948, elles l’ont soustrait aux règles du Droit international et aux sanctions prévues par la Charte des Nations Unies. Tout ceci constitue à l’évidence des fautes que l’histoire devra reconnaître un jour.

En définitive, si on veut bien remonter aux sources du conflit qui depuis tant d’années affecte gravement les habitants de la Palestine historique, sans se laisser distraire par les multiples événements et considérations qui, depuis un siècle, s’accumulent et obèrent chaque jour un peu plus la compréhension du sujet en donnant à de pseudo-sages l’occasion d’opposer sans cesse l’une et l’autre partie en présence, il nous paraît que la toute première cause de l’affrontement est à voir dans la composante raciale inhérente au judaïsme et reprise par l’idéologie sioniste. Les Nations Unies – en bafouant l’un de leurs principes les plus sacrés, fondement même du droit international : l'autodétermination des peuples – ont permis à ce racisme de se développer sur le terrain. Indépendamment des arrangements avec la légalité d’alors, leur décision de novembre 1947, instituant un État juif avec ses bases théocratiques qui excluaient la démocratie, ne pouvait en aucune manière être validée secondairement par une situation devenue légitime, comme l’histoire peut fournir quelques heureux exemples. D’où l’état d’affrontement permanent qu’avaient parfaitement prévu quelque esprits libres. S’il appartient aux juristes et aux historiens d’aujourd’hui de reprendre l’histoire de cette tragédie chronique à partir du moment où la présence ottomane en Palestine a été remplacée par le mandat britannique sous l’autorité de la Société des Nations après la guerre de 1914-1918, il reste que le temps et l’histoire auront démontré l’illégitimité de la situation créée.

Comme l’écrivent Edgar Morin, Sami Nair et Danièle Sallenave : « Le problème n'est pas seulement moyen-oriental. Le Moyen-Orient est une zone sismique de la planète ou s'affrontent Est et Ouest, Nord et Sud, riches et pauvres, laïcité et religions entre elles. Ce sont ces antagonismes que le cancer israélo-palestinien risque de déchaîner sur la planète. Ses métastases se répandent déjà sur le monde islamique, le monde juif, le monde chrétien. Le problème n'est pas seulement une affaire ou vérité et justice sont inséparables. C'est aussi le problème d'un cancer qui ronge notre monde et mène à des catastrophes planétaires en chaîne ». La Palestine, où triomphe l’idéologie sioniste dont les nations occidentales n’ont pas encore mesuré la vraie nature, est en effet aujourd’hui l’un des lieux du monde où la négation du droit international et le mépris des droits de l’homme sont les plus criants. Et, face à une population asservie, la situation des Juifs est potentiellement plus tragique qu’elle ne l’a été dans le passé : tributaires de leurs mythes ancestraux ils sont entrés dans un piège voué à se refermer.

 

Juifs et non-Juifs n’en ont pas fini avec le judaïsme et sa composante raciale dont le destin sera toujours d’établir dans les esprits une frontière irréductible, source d’un antagonisme sans fin. C’est la "question juive" !… Présente depuis plus de deux millénaires, analysée en vain depuis plusieurs siècles par nombre d’auteurs, elle est devenue aujourd’hui une donnée majeure de la géopolitique mondiale.

Mais, alors que se profile une nouvelle tragédie, n’y aura-t-il donc pas quelques sages susceptibles de la conjurer ?