Le sionisme en Palestine / Israël :

fruit amer du judaïsme

 


Post-scriptum


Si le judaïsme engendre par certains de ses éléments un racisme spécifique dont l’étude reste largement à entreprendre, racisme qui est passé dans une idéologie criminogène , cela ne doit pas pour autant occulter les valeurs hautement positives qu’il transporte aussi avec lui… S'il y a des tares "juives" il y a aussi un génie "juif" : celui d'avoir promu certaines valeurs à un point inégalé par aucune autre communauté et dont l'Occident, dans son ensemble, a largement bénéficié et lui est redevable.

 

Indépendamment du domaine moral où domine le commandement : « Tu ne tueras pas », deux de ces valeurs, la première dans le domaine de la discipline de vie, la seconde dans le domaine de la pensée, parce qu’accessibles à tous ceux qui le veulent, nous semblent particulièrement importantes.

 

Après avoir constaté que le pourcentage de Juifs cultivés était considérable dans le monde occidental Y. Leibowitz a écrit : « la créativité des Juifs ne provient pas de leur judaïsme mais de leur appartenance à la culture occidentale... le judaïsme n'a contribué en rien à leur personnalité ni à leur œuvre » … S’il est bien vrai que l’inspiration et la créativité de Spinoza, de Marx, de Durkheim, de Einstein et de la plupart des Juifs proviennent essentiellement de la culture occidentale, le philosophe israélien a manifestement négligé un élément essentiel dont il a bénéficié. Face à l'agitation, à l'oisiveté, à la distraction du monde, le judaïsme a toujours contribué puissamment - gage de succès exemplaires dans de multiples domaines - à promouvoir l'étude, la méditation, le travail, le débat, la vacance régulière, une certaine « retraite » de l'individu, une discipline de vie… 

 

Par ailleurs, en opposition avec le communautarisme, le nationalisme, l’ethnicisme développés dans beaucoup d’écrits du judaïsme et qui se sont donné libre cours dans le projet sioniste israélien, nous avons parlé à diverses reprises de l'orientation universaliste prônée par certains des prophètes juifs. Et l’on cite généralement à ce propos le prophète Michée qui rêva d'un royaume de bonheur et de justice où tous les peuples seraient réunis dans la paix : « Yahvé sera le Juge des peuples et l'Arbitre des nations. De leurs épées ils forgeront des socs et de leurs lances des faucilles. Les nations ne lèveront plus l'épée l'une contre l'autre et plus jamais on n'apprendra la guerre ! » (Mic IV, 3).

Certes, cet universalisme est encore très élémentaire : toutes les nations du monde sont invitées à se réunir dans la paix, mais c'est encore le dieu particulier des Hébreux qui guide le royaume à venir, royaume dont la capitale est toujours Jérusalem avec son Temple reconstruit plus beau que jamais. Néanmoins, un pas en avant a été effectué, un germe a été semé qui sera repris et cultivé par Jésus de Nazareth…

 

Et c’est de nouveau un Juif, connu sous le nom de Paul et fondateur princeps du Christianisme voici deux mille ans, qui va imprimer à cette pensée un nouvel élan. En héritier critique du judaïsme qui lui fait concevoir et dénoncer les tares de sa religion, notamment la dimension mortifère de la Loi cet élément-clé du judaïsme, en héritier aussi du monde grec et païen qui lui apporte l’idée de l’unité du genre humain et lui fournit une vision élargie du monde, il lancera ces paroles révolutionnaires : « désormais il n'y a plus ni Grecs, ni Juifs, ni circoncis, ni incirconcis, ni Barbares, ni Scythes, ni esclaves, ni hommes libres »…Le prochain c’est d’abord le semblable. Certes, les mots qui suivent : « car vous êtes Un en Jésus-Christ » sont encore très réducteurs, mais un puissant mouvement est né qui se veut universel (katholicos) et qui va porter au loin ces paroles. Et ces paroles, à leur tour, sur une route non dépourvue de cahots, évolueront …  

 

En définitive, il appartiendra aux philosophes des Lumières, riches héritiers du monde gréco-romain[300], de l’islam (dont les savants andalous, tel Averroès, ont conservé et transmis les valeurs de l’Antiquité grecque)[301], du judaïsme et du christianisme, de faire franchir à la civilisation occidentale un pas décisif. Par delà tous les communautarismes issus des mythes ancestraux, par delà les horizons théologiques limités et les appartenances particulières, en hommes libres ils proclameront l’homogénéité du genre humain : « Quelle que soit la variété des cultures, il n’y a sur toute la surface de la terre qu’une seule et même espèce d’homme :  c’est au nom de l’Homme que tous les hommes sont frères ». Et la Révolution française viendra quelques années plus tard parfaire l’édifice. Le premier article de la déclaration de 1789 proclamera à la face du monde que : « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits ».

 

En fait, c’est sans doute au sein du bouddhisme que fut élaborée en premier lieu cette pensée universaliste dans toute son ampleur : « De loin, dit un mystique tibétain, je crus voir un animal. L’animal s’approcha et je compris que c’était un homme. Il s’approcha encore et je m’aperçus que c’était mon frère »….